Encr-xiété…

« La peur aiguise les sens. L’anxiété les paralyse » kurt Goldstein

Je viens tout juste d’achever ma lecture du livre de Scott Stossel intitulé « ANXIETE, les tribulations d’un angoissé chronique en quête de paix intérieur ». Le journaliste nous fait de ses propres, et plus ou moins douloureuses, expériences et anecdotes sur son rapport avec l’anxiété, bien différente et plus sournoise de la peur. Il partage ses recherches et les effets des différents traitements, de leurs actions et réactions voire soulagement que certaines molécules ont pu lui apporter. En soulignant l’augmentation du besoin et des prescriptions de médicaments bien connus tels que Xanax, Valium, Lexomyl et autres pseudo-médiateurs pour endormir, apaiser ou atténuer cette anxiété, cette dernière pourrit pourtant la vie de centaines de milliers de personnes…  peut-être vous-même et je dois avouer, moi-même…

Lutter contre l’anxiété est un chemin que l’on peut faire, accompagné ou non, j’ai  moi-même ressenti le besoin de faire une thérapie après la naissance de ma première fille, celle-ci a été assez expéditive car j’avais à l’époque, selon le psychiatre, déjà fait beaucoup de cheminement par moi-même… En effet, si avoir conscience de certaines choses fait mal, mettre des mots à certains moment permet de pouvoir continuer d’avancer. L’art a toujours été pour moi salvateur et la musique, les livres, le sport sont autant de bouées et des moyens de se raccrocher et de se trouver ; l’image que l’on a de soi et la confiance que l’on accorde à soi-même ne s’acquièrent pas toujours naturellement.

Dans son chapitre consacré à l’anxiété de séparation, Scott Stossel évoque un fait qui a été légion pendant des décennies du risque de trop dorloter les enfants. Ceci fait écho à cette « pédagogie noire »  dénoncé par Alice Miller que j’ai évoquée dans un article précédent qui pointe encore du doigt le rôle et surtout la sempiternelle culpabilisation des mères. Ces fausses croyances ; comme laisser un enfant pleurer car le risque de venir le consoler ferait de lui un tyran incite à privilégier la froideur au sentiment de sécurité vis-à-vis de ses propres enfants, cela semble inconcevable mais j’ai quand même pu remarquer qu’à la naissance de mes filles, on sous-entendait encore de laisser pleurer nos bébés pour que leurs poumons se fassent ou autre bêtises de ce genre qui ne fait que renforcer la vulnérabilité et provoquer un attachement insécure, néfaste au développement de l’enfant et aura par conséquent des répercussions à l’âge adulte. L’auteur apportera d’ailleurs la preuve d’une hérédité d’ordre génétique de cette anxiété sur ses propres enfants, malgré son attention et sa volonté de les épargner.

Pourtant, il est difficile pour un anxieux de ne pas se faire une montagne ou d’élaborer un scénario catastrophe d’un événement même anodin déclencheur de ce bouillonnement intérieur et interne. Les dommages collatéraux existent et l’importance de trouver les bons interlocuteurs, le bon traitement dans certains cas, de l’empathie aident à dédramatiser. Toutefois, cela reste assez paradoxal d’être aussi anxieux à l’heure où de nombreuses maladies sont devenues curables, que nos conditions ainsi que nos niveaux de vie se sont largement améliorés et notre liberté étendue…. Malgré tout, la multiplicité des choix qui s’offrent à nous engendre doute, pression, compétitivité, individualisme, stress dans laquelle l’anxiété peut proliférer et s’épanouir à loisir. Le journaliste relate d’ailleurs avec précision et détails de nombreux faits et évènements malheureux ,comme son mariage ou sa mésaventure dans les toilettes de la Maison Blanche….. Il explique également tous les méfaits que cette anxiété fait sur le corps mais aussi les effets secondaires des médicaments couplés parfois à l’alcool ou autres drogues.

« Ce qui trouble les hommes ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses » Epictète

Avouer ses difficultés et ses faiblesses serait déjà faire un pas dans cette volonté et motivation de s’en sortir. Pour ma part, même si je sais qu’il me reste du chemin à faire pour dompter ma part anxieuse, (qui n’est pas comparable à celle de Scott Stossel), je ressens beaucoup moins les symptômes de grand stress lorsque je dois m’exprimer en public, parler de mon travail par exemple. La reprise de mes études m’a permis de gagner en assurance et conviction par rapport au fait d’exercer ce métier ; même si je me retrouve malgré tout isolée et marginalisée. J’ai appris à jongler avec ces accès mélancolique, de tristesse, d’accablement, de lassitude voire de dépression. En vieillissant, j’arrive à moins anticiper de façon dramatique des actions ou événements en essayant de me baser essentiellement sur les faits et le présent. La clé est là : trouver la sagesse de relativiser afin de porter son attention au moment présent, pour moins s’éparpiller, et s’épuiser à ressasser ou encore ruminer des actes ou actions sur lesquelles nous n’avons aucune prise, ni maitrise.

Je vous invite à parcourir les plus ou moins 400 pages de cet ouvrage que j’ai dévorées en 2 jours. Un ouvrage qui oscille entre le témoignage de l’auteur, de faits scientifiques, historiques, de détails sur la vie d’illustres personnages dont l’anxiété a aussi fait leur génie tels que Darwin, Newton, Freud, Proust, Kafka,… et ponctuées de nombreuses citations.

Je profite pour vous montrer mon dernier hasard en cours, ce qui explique le titre que j’ai choisi pour cet article, un mix entre travail et lecture car l’un ne va pas sans l’autre dans ma façon de procéder.