« L’escampette de l’insecte-hétéroclite…

Lorsque j’ai apposé le dernier trait sur cette encre, le mot qui me semblait le mieux correspondre pour son titre était : escampette ! Ce terme était d’usage au XVIIe siècle sous la forme d’« escamper » signifiant s’enfuir, déguerpir ou encore battre en retraite et concernait plus particulièrement le domaine militaire. Nous l’utilisons maintenant sous la forme de l’expression « prendre la poudre d’escampette ». Dans cette encre, l’escampette est celle de cet insecte hétéroclite, à la tête humaine ornée d’un pied, d’ailes formées par des bras, qui s’envole vers l’arcade de pierres prometteuse…

Comment ne pas penser et évoquer Franz Kafka et son étrange et troublant roman « la métamorphose » qui dresse le sombre portrait de l’individu incompris, mis à l’écart de la société à cause de sa différence, de son inquiétante étrangeté. Le personnage nous fait partager ses angoisses, ses peurs, ses réflexions qui l’accompagnent tout au long de cette transformation en ce corps-insecte avec toute la solitude, la détresse et le désarroi qui le rongent peu à peu….

Cet insecte anthropomorphe de cette encre n’a certainement pas surgi par hasard, ce sentiment de différence touche un certain nombre d’entre nous, cette douloureuse sensation de ne pas être ce que l’on devrait être. Chacun a le choix de ne rester qu’un simple reflet, qu’une ombre, une image, un fantôme de lui-même, ou bien il doit apprendre à faire sa propre connaissance et chercher l’humain, l’humanité, car selon Montaigne « qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition ».