Le Bleu dans l’art et mon travail

L’histoire du bleu

De nos jours, le bleu a une réputation de couleur familière. Elle est devenue au fil du temps une couleur emblématique. Relative aux uniformes, symbole de la République, couleur du romantisme ou du blue-jean, le bleu est devenu une couleur « sage » et passe-partout. Et pourtant…

Le chercheur et historien Michel Pastoureau1, reconnu notamment pour ses travaux sur l’histoire des couleurs2, s’est penché sur le bleu. Dans son ouvrage consacré, il retrace le parcours mouvementé d’une couleur chère à nos cœurs contemporains.

Au fil des siècles, cette couleur a inspiré de nombreux artistes qui l’ont chargée de significations différentes. Vénérée dans l’Égypte ancienne, notamment à travers le bleu égyptien (pigment synthétique utilisé sur les sarcophages), le bleu fut ensuite méprisé dans la Rome Antique. Parfois associée aux peuples dits « barbares », cette couleur reste mal aimée durant l’Antiquité.

C’est seulement à partir du Moyen Âge que la perception du bleu va profondément changer. Il devient une couleur divine et sacrée lorsque la couleur du ciel va être associé au bleu. De plus, grâce à la représentation de la Vierge Marie vêtue de bleu dans l’art chrétien, il devient indissociable du spirituel comme dans le tableau de l’artiste Antonello de Messin.

Antonello de Messine La Vierge de l’Annonciation Tempera et huile sur bois env. 1475
45 × 34,5 cm

Au début du XIVᵉ siècle à Padoue, les fresques célestes de la Chapelle des Scrovegni3, font la part belle au bleu. Réalisées par Giotto Di Bondone, le Maître italien, a modernisé la tradition byzantine, notamment à travers ce bleu significatif : le bleu Giotto (fabriqué notamment grâce à l’utilisation du lapis-lazuli, pigment extrêmement précieux à l’époque). Cette voûte est une véritable immersion. Le regard est enveloppé par cette couleur profonde qui évoque à la fois le ciel, la spiritualité et l’infini.

Petit à petit, le bleu a pris une place importante jusqu’à devenir, depuis la fin du XIXᵉ siècle, la couleur préférée des occidentaux. Loin devant le vert, le rouge, le noir, le blanc et le jaune, pour citer les couleurs principales.


Le Bleu et ses symboliques

Le bleu, couleur de la nuit est à la fois mystérieux, propice aux rêves ou insomnies. On peut vivre la nuit ou la subir. Celle peinte par Vincent van Gogh donne envie de rester éveillé et de laisser ses volutes et ses tourbillons nous emporter vers des rêves doux et merveilleux

Vincent van Gogh, La nuit étoilée sur le Rhône, 1888

L’omniprésence du bleu chez l’artiste peintre et dessinateur russe Marc Chagall4 résonne comme une invitation à lâcher-prise et à l’onirisme. Le bleu est serein, léger traversé par une poésie de nuances et d’émotions.

Marc Chagall Paysage bleu gouache et aquarelle sur carton, 79 x 57 cm 1949

Opposé à la chaleur du rouge, le bleu est une couleur froide. Cet aspect glacial renvoie à une émotion particulière : la tristesse. Ce « blues », couleur de la mélancolie, est particulièrement présent chez Pablo Picasso lors de sa célèbre période bleue. (période liée au décès de son ami artiste Carles Casagemas)

Pourquoi le bleu est-il devenu si important dans mon travail ?

Cette couleur n’a pas toujours été aimée dans l’histoire : méprisée dans l’Antiquité, elle devient au Moyen Âge la couleur du ciel, du sacré et de la Vierge.

Elle inspirera ensuite de nombreux artistes : Van Gogh, Chagall, Picasso, Matisse ou encore Yves Klein.

Dans cet article, je raconte aussi mon propre rapport au bleu :
comment le bleu de Prusse s’est imposé dans ma peinture et pourquoi il est devenu une porte vers l’imaginaire, le rêve et l’inconscient.
Picasso Le Vieux Guitariste Peinture à l’huile 1,23 m x 83 cm 1903

Henri Matisse s’est emparé du bleu pour ses qualités d’occupation de l’espace et de volume. À cette période de sa vie, la maladie le freine dans sa création et peindre est devenu difficile. Devant rester assis pour travailler, il trouva alors une alternative avec les papiers gouachés découpés et marouflés sur toile. Ses réflexions vont aboutir à cette célèbre série des Nus Bleus5 en 1952, il dessine avec des ciseaux une figure bleue qui occupe l’espace.

Henri Matisse Nu bleu 2 Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 103,8 x 86 cm 1952

« Le bleu prend tout ce qui passe »

La peintre du bleu par excellence est Geneviève Asse6. Son bleu porte son nom le Bleu Asse : camaïeu de bleu gris rappelant sa Bretagne natale. Le bleu est un appel au silence, à prendre le large et entrer en soi-même pour mieux se relier au monde. Elle est entrée dans le bleu en travaillant d’abord le blanc, ces interstices et prémices invisibles du ciel et de la mer qui construisent des espaces infinis de beauté(s).

Geneviève Asse Ligne blanche Huile sur toile, 60 x 92 cm, 2009

Le bleu attire, il est magnétique. L’artiste français Yves Klein a même déposé a déposé la formule du pigment et du liant de son propre bleu, le IKB (International Klein Blue). Un bleu outremer devenu emblématique de ses œuvres notamment avec ces corps de femmes utilisés comme pinceaux vivants7 dans sa série Anthropométrie.

Yves Klein ANT 82, Anthropométrie de l’époque bleue, 1960
Pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur
toile, 156,5 x 282,5 cm

« Le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a après tout de plus abstrait dans la nature tangible et visible. »


Pour l’amour du bleu

Sonia Hivert Enfant-arbre Encre sur papier 30×42 cm 2023

L’utilisation du bleu dans mon travail est un mélange de toutes ces symboliques. Un travail de l’espace à composer, un espace de l’inconscient à explorer et celui du rêve à mettre en images.

Cette couleur est venue à moi comme une évidence. Elle m’a redonnée le goût de créer durant la période post-Covid. J’étais alors en plein doute et remise en question de tout mon parcours. J’avais besoin d’apaisement et de sérénité et cette couleur a été un vrai soutien. Je suis tombée amoureuse du bleu de Prusse. Il m’a permis de me recentrer. Les arbres bleus sont devenus un sujet d’études. Un sujet à comprendre, appréhender et bien plus que cela encore… Ils ont trait au spirituel, à ce qui dépasse notre condition d’être humain et notre vision du monde.

Sonia Hivert Arbre bleu Huile sur toile 90x81cm 2023

Le bleu de Prusse n’est pas toujours facile à travailler : il s’apprivoise. Le mélange avec d’autres couleurs est délicat, voire impossible. Le bleu se suffit à lui-même. Il me force à aller en profondeur, à sonder mon inconscient et ses mystères. Le bleu se suffit. Et, il me force à aller en profondeur, sonder mon inconscient et ses mystères. De là, naissent et jaillissent des histoires, des idées aussi. Malgré sa froideur, j’essaye de le rendre chaleureux. Comme dans les rêves d’une nuit étoilée, le bleu garde ses mystères.


Ressources et références :

  1. https://www.librairie-gallimard.com/livre/9782757887042-bleu-histoire-d-une-couleur-michel-pastoureau/ ↩︎
  2. https://www.radiofrance.fr/radiofrance/podcasts/selection-michel-pastoureau-historien-des-couleurs ↩︎
  3. Photos source : https://www.alliancefr.it/padova/decouvrir-padoue/839-2/ ↩︎
  4. https://www.marcchagall.com/fr/decouverte/themes/reve/paysage-bleu-1949 ↩︎
  5. https://www.centrepompidou.fr/fr/offre-aux-professionnels/enseignants/dossiers-ressources-sur-lart/henri-matisse/nu-bleu-ii ↩︎
  6. https://musee-soulages-rodez.fr/expositions/expositions-passees/genevieve-asse-le-bleu-prend-tout-ce-qui-passe/ ↩︎
  7. https://www.centrepompidou.fr/fr/offre-aux-professionnels/enseignants/dossiers-ressources-sur-lart/yves-klein/ant-82-anthropometrie-de-lepoque-bleue ↩︎
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