Le chien dans l’art : entre symbole et animal

Le chien dans l’art

Entre symbole(s) et animal

Depuis sa domestication il y a plus de 15 000 ans, le chien accompagne les sociétés humaines autant dans la vie quotidienne que dans les représentations artistiques. D’abord gardien, protecteur ou allié de chasse, il s’est progressivement imposé au sein des foyers jusqu’à devenir, pour beaucoup, un véritable membre de la famille.

Ce lien particulier explique sa présence constante dans l’histoire de l’art. Les artistes ont de cesse de représenter le chien sous des formes multiples : symbole de fidélité, de pouvoir, de protection ou de tendresse. Rarement simple décor, il participe souvent pleinement au sens de l’image.

Mais derrière certaines projections humaines demeure un animal à part entière. Car si le chien occupe une place privilégiée dans notre imaginaire affectif, il possède aussi ses propres comportements, ses instincts et codes sociaux. À travers quelques exemples d’œuvres allant des primitifs flamands à l’Angleterre victorienne, cet article explore les multiples visages du chien dans l’art.

Huile sur toile de Reno mon chien datant de 2023

Le chien fidèle et protecteur

Attention au chien !

Dès l’Antiquité, le chien apparaît ainsi comme un gardien fidèle, déjà intégré à l’espace domestique et symbolique des humains. Retrouvée parmi les ruines de Pompéi, cette mosaïque représentant un chien en laisse, située au sol de la maison d’Orphée1, mettait en garde ceux qui auraient voulu troubler la tranquillité des lieux.

L’inscription latine Cave canem — que l’on peut traduire par « Prends garde au chien » — équivaut en quelque sorte à notre « Attention au chien ». Une manière directe et efficace de dissuader les visiteurs indésirables… à leurs risques et périls !

Tels maîtres, tels chiens…

Les Époux Arnolfini Jan Van Eyck (Huile sur panneau de chêne : 82,2 × 60 cm)

Dans le tableau Les Époux Arnolfini (1434) de Jan van Eyck, figure majeure de la peinture flamande du XVe siècle, le chien occupe une position centrale dans la composition. Cette œuvre s’inscrit dans le contexte des primitifs flamands, caractérisé par une grande précision des détails et une forte charge symbolique des objets du quotidien.

De petite taille, avec un pelage aux reflets bruns, il se confond presque avec la teinte chaude du parquet. Debout aux pieds de ses maîtres, il demeure immobile, comme en attente, attentif à ce qui l’entoure, suggérant une forme de vigilance discrète. Placée entre les deux époux, sa présence n’est pas anodine : le chien est traditionnellement interprété comme une allégorie de la loyauté et de la fidélité, renforçant ainsi la dimension symbolique du lien conjugal au cœur de la scène.

Le meilleur ami de l’humain.e

Le chien n’est pas toujours le sujet central d’un tableau, mais il demeure un élément essentiel, souvent chargé d’une forte valeur symbolique. C’est notamment le cas dans Les Pèlerins d’Emmaüs (1559-1560) du peintre italien Paolo Véronèse, œuvre illustrant un épisode de l’Évangile selon Luc dans le Nouveau Testament.

Les Pèlerins d’Emmaüs – Paul Véronèse (Huile sur toile : 2,76m x 4,5m Musée du Louvre / 1559)2

Dans ce tableau, le chien n’occupe pas le devant de la scène, mais sa présence n’est pas anodine. Il peut être interprété comme un symbole de fidélité, mais aussi comme une figure protectrice, voire comme un discret messager du divin. Placé auprès de deux jeunes filles, il est entouré d’une attention douce et affectueuse. Son attitude paisible, marquée par des yeux mi-clos, suggère un sentiment d’apaisement et de confiance. L’une des fillettes l’enveloppe avec tendresse, tandis que l’autre pose délicatement la main sur son épaule gauche.

La présence d’un second chien, plus en retrait, que tient un petit garçon dans ses bras tout en le caressant, mérite également attention. Son allure plus élancée rappelle davantage celle d’un chien de garde ou de chasse, et le geste du garçon semble le contenir, comme pour éviter qu’il ne s’échappe. Ces deux représentations du chien sont complémentaires sur le plan symbolique, oscillant entre protection et compagnie.


Le chien symbole de virilité et de pouvoir

Chiens de faïence

Portrait d’Henri IV de Saxe et de Catherine de Mecklembourg Lucas Cranach l’Ancien (Huile sur toile 184,5 × 82,5 cm / 1514 )

Le chien n’incarne pas uniquement la fidélité ou la tendresse. Dans certains portraits aristocratiques, il devient aussi un signe de pouvoir et de maîtrise sociale. C’est le cas du Portrait d’Henri IV de Saxe et de Catherine de Mecklembourd3 de Lucas Cranach l’Ancien. Dans ce double-portrait en pied du roi et de son Catherine de Mecklembourg, le traitement du chien n’est pas le même. Le chien de l’épouse et petit, assis au pied de sa maitresse, celui du roi est plus difficile à maîtriser, hargneux. Plus qu’un simple animal de compagnie, il devient un symbole de fidélité et de maîtrise. Sa présence souligne à la fois le rang aristocratique du modèle et sa capacité à gouverner, inscrivant ainsi le chien dans une lecture politique de l’image et une mise en scène de pouvoir.

Trump, le chien miroir de William Hogarth

Le peintre et graveur anglais William Hogarth (1697–1764), reconnu principalement pour ses scènes de genre4 souvent satyriques ou dramatiques.

Le Peintre et son carlin ou Autoportrait au chien – William Hogarth (huile sur toile, 90×69,9cm 1745)

Ce tableau5 Le Peintre et son carlin ou Autoportrait au chien, datant de 1745, est une mise en abyme de l’artiste, représenté par son portrait ovale en buste. À droite, devant le cadre, un chien de race Carlin regarde le sol, tirant la langue. Il est assis près d’une pile de livres, avec la palette de son maître. Prénommé Trump, le chien incarne le fort caractère de l’artiste, qui s’y est profondément identifié, participant ainsi à forger sa renommée. En effet, si le Carlin6 est sociable, attaché à son maître, doux et gentil : il a un caractère bien trempé et très expressif !

Une vie de chien

Parce qu’un chien n’est pas seulement fidèle, protecteur ou compagnon de l’homme, il possède aussi une vie sociale propre, faite de jeux, de tensions, de rituels et d’interactions avec ses congénères.

Chiens se battant, reprenant leur souffle Edwin Henry Landseer (Huile sur toile : 0,77m x 1,02m. Musée du Louvre, Département des Peintures 1818)

Le peintre et sculpteur britannique Edwin Landseer7 (1802-1873) est l’un des rares artistes à avoir représenté les chiens sous cet angle. Immense célébrité de l’Angleterre victorienne, Landseer s’est imposé comme le grand peintre animalier de son époque et sa popularité fut telle qu’une race porte aujourd’hui son nom : leTerre-Neuve Landseer.8

Ce tableau est loin de la représentation idéalisée ou sentimentale du chien. Ici, les deux animaux apparaissent dans toute la vérité de leur relation : on ressent la tension physique, l’essoufflement et l’énergie du jeu après la lutte. La scène se déroule dans un intérieur simple et vivant. Débarrassés de leurs colliers, les chiens semblent libérés du regard humain et peuvent enfin évoluer selon leurs propres codes sociaux. Car le jeu chez le chien n’est jamais anodin. Il permet de créer, d’entretenir ou de rétablir un lien entre deux individus. Les jeux de lutte, parfois déroutant, participent à l’apaisement des tensions et à l’apprentissage des limites. À travers cette scène presque ordinaire, Landseer rappelle quelque chose d’essentiel : malgré la place immense qu’il occupe dans nos foyers et dans nos cœurs, le chien reste un animal : un être vivant avec ses instincts, ses besoins et son langage propre.

Entre chien et loup

À travers toutes ces représentations, l’histoire de l’art révèle autant notre fascination pour le chien que notre besoin d’y projeter des qualités humaines : fidélité, protection, douceur, puissance ou réconfort.

Ces œuvres rappellent ainsi que notre attachement au chien ne devrait jamais faire oublier la réalité de l’animal derrière le symbole. Aimer un chien, c’est aussi reconnaître ce qu’il est réellement, avec les besoins, l’attention et l’engagement que cette relation implique.

Mais l’histoire de l’art raconte également autre chose : un lien affectif parfois si fort entre certains artistes et leurs chiens qu’il dépasse la simple représentation animale. Ce compagnon suscite d’ailleurs chez les artistes de véritables présences émotionnelles et artistiques. Un prochain article sera consacré à ces relations singulières entre artistes et chiens — des histoires d’attachement, de solitude, de création et d’amour qui méritent à elles seules d’être racontées…

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Cave_canem ↩︎
  2. https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010067589 ↩︎
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Portrait_d%27Henri_IV_de_Saxe_et_de_Catherine_de_Mecklembourg ↩︎
  4. Une scène de genre (peinte, gravée, dessinée ou sculptée est une représentation à caractère anecdotique ou familier ↩︎
  5. https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Peintre_et_son_carlin ↩︎
  6. https://www.la-spa.fr/prendre-soin/chiens/les-chiens-et-leurs-races/le-carlin/ ↩︎
  7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Edwin_Landseer ↩︎
  8. https://fr.wikipedia.org/wiki/Landseer_(chien) ↩︎
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